Oreste et l’oracle
de Delphes (par Delphine Le Bras)
Rappels
mythologiques :
Agamemnon
et Clytemnestre ont eu quatre enfants de leur union : Iphigénie,
Electre, Chrysothémis et Oreste. Ce dernier, banni du royaume
par son nouveau beau-père, se réfugie chez son oncle
Strophios en Phocide. C’est là qu’il se lie
d’amitié avec son cousin Pylade qui sera pour lui un
fidèle compagnon tout au long de ses aventures. Parvenu à
l’âge adulte, Oreste décide, sur les conseils
d’Apollon, de venger son père. Accompagné de
Pylade il rentre à Argos pour tuer Egisthe et Clytemnestre. Ce
meurtre, qui semble pourtant une juste vengeance, frappe les dieux
d’horreur, et, en tant qu’assassin de sa propre mère,
ils lui envoient les Erinyes pour le tourmenter jusqu’à
la folie. Cependant, Apollon n’abandonne pas l’infortuné.
Il lui conseille de se réfugier à Athènes, où
l’Aréopage, grâce à l’intervention
décisive d’Athéna, l’acquitte de son
meurtre. Puis le dieu le purifie à Delphes et, par
l’intermédiaire de la Pythie, lui fait savoir qu’il
sera définitivement guéri en allant chercher la statue
d’Artémis en Tauride. Arrivés en Tauride, Oreste
et Pylade sont sur le point d’être sacrifiés à
Artémis ; reconnus in extremis par Iphigénie
(qui se trouve être la prêtresse de la déesse),
ils parviennent à s’enfuir avec la statue. De retour
dans le Péloponnèse, le héros reprend possession
du royaume d’Argos. Sa cousine Hermione lui ayant été
promise auparavant et ayant été offerte par la suite à
Néoptolème, il tente de convaincre sans succès
ce dernier de lui laisser la jeune fille. Néoptolème
refuse de céder à sa demande, Oreste revient donc à
Delphes pour organiser un complot qui perdra son rival venu consulter
à propos de la stérilité d’Hermione. Les
tribulations d’Oreste semblent s’arrêter avec cette
ultime vengeance. Il aurait par la suite mené une vie heureuse
à la tête de son royaume d’Argos.
Présentation
d’Apollon : le dieu de Delphes.
Appartenant à une famille maudite, Oreste n’entretient
pas moins une étroite relation avec Apollon. Mais comment se
présente cette divinité dans les pièces
d’Euripide ? Il est le plus souvent nommé Fo‹boj
(le lumineux, le
brillant) mais les
personnages d’Euripide ne le trouve pas très éclairé
en matière de justice. Ils insistent fréquemment sur ce
point. Electre se lamente ainsi : ¥dikoj
¥dika [...] œlaken
[...] Ð Lox…aj.
Ménélas en dit également : ¢maqšsterÒj
g' ín
toà kaloà kaˆ tÁj d…khj.
Quant à Oreste, il semble penser que le dieu a failli
dans son premier oracle et qu’ensuite, par honte de sa faute,
il a menti pour se débarrasser du fils d’Agamemnon :
¹m©j d'
Ð Fo‹boj
m£ntij ín ™yeÚsato·
tšcnhn
d qšmenoj æj prosètaq'
`Ell£doj
¢p»las',
a„do‹ tîn
p£roj manteum£twn.
Son
premier oracle (ordonnant le meurtre de Clytemnestre) est ainsi
souvent qualifié d’insensé : ¢maq…an.
Les Dioscures, après avoir rappelé qu’Apollon
est leur maître, disent : sofÕj
d' ín
oÙk œcrhsš soi sof£.
Son arrêt est donc sérieusement remis en cause
que ce soit par les hommes ou par les autres dieux.
Euripide nous le présente également comme un dieu
impitoyable et rancunier. Dans Andromaque, Oreste nous indique
en effet que le dieu n’est point sensible au repentir :
oÙdš
nin met£stasij
gnèmhj Ñn»sei
qeù didÒnta nàn d…kaj.
Apollon mène sa
vengeance alors que Néoptolème vient s’excuser et
lui demander pieusement sa bienveillance. Cet aspect traître et
rancunier est souligné par le messager :
toiaàq' Ð to‹j
¥lloisi qesp…zwn ¥nax,
Ð tîn dika…wn
p©sin ¢nqrèpoij krit»j,
d…kaj didÒnta
pa‹d' œdras' 'Acillšwj
™mnhmÒneuse d',
ésper ¥nqrwpoj kakÒj,
palai¦ ne…kh·
pîj ¨n oân e‡h sofÒj;.
Il est vrai que cette conduite semble pour le moins injuste dans la
mesure où le fils d’Achille paye très cher un
excès d’hybris passé. La réaction
d’Apollon eut été mieux comprise si elle avait
été immédiate et si elle n’était
pas survenue lors des excuses de Néoptolème.
Ce sombre portrait est cependant « sauvé »
par l’heureuse intervention d’Apollon à la fin
d’Oreste. Notre personnage lui annonce qu’il se
réconcilie avec ses oracles : spšndomai
[...] so‹j, Lox…a,
qesp…smasin
et Apollon termine même par un message pacifiste :
‡te
nun kaq' ÐdÒn,
t¾n kall…sthn
qeîn
E„r»nhn timîntej·.
Après
cette rapide présentation, penchons-nous sur les rapports
existant entre Oreste et Apollon. Tout d’abord, c’est
Apollon qui dirige les actes de notre personnage. Oreste répète
fréquemment qu’il lui a ordonné le meurtre de sa
mère : Óstij
m' œcrhsaj
mhtšr', ¿n
oÙ crÁn, ktane‹n
et Fo‹boj,
keleÚsaj mhtrÕj
™kpr©xai fÒnon.
Les Dioscures reconnaissent également l’existence
de cet ordre (ce n’est donc point l’humaine mantique qui
s’est trompée) : Lox…aj
g¦r a„t…an ™j aØtÕn o‡sei,
mhtšroj cr»saj
fÒnon.
Dans Oreste, Electre semble même insister sur la
volonté de Phoibos : pe…qei
d' 'Oršsthn
mhtšr' ¼
sf' ™ge…nato
kte‹nai.
Hélène tient un discours similaire : ™j
Fo‹bon ¢nafšrousa t¾n ¡mart…an.
De même pour le chœur de femmes de Phthie :
qeoà
nin kšleum' ™pestr£fh
mantÒsunon, Óte
nin `ArgÒqen poreuqeˆj
'AgamemnÒnioj
kšlwr, ¢dÚtwn ™pib¦j
kte£nwn,
matrÕj foneÝj . . ..
Apollon lui-même
reconnaît son arrêt dans Oreste : Ój
nin foneàsai mhtšr'
™xhn£gkasa.
Il guide également Oreste sur ses choix familiaux en
indiquant :
Pul£dV d'
¢delfÁj
lšktron, éj
pot' Énesaj,
dÒj·
Ð d'
™pièn nin
b…otoj eÙda…mwn mšnei.
Apollon reste ainsi la
divinité privilégiée par notre personnage qui
continue à lui demander conseil après le matricide
:
™lqën dš s'
ºrèthsa pîj
trochl£tou
man…aj
¨n œlqoim' ™j
tšloj pÒnwn t'
™mîn,
oÞj
™xemÒcqoun peripolîn kaq'
`Ell£da.
. . ..
Oreste se retrouve donc en
Tauride investi d’une nouvelle mission :
Fo‹bÒj m'
œpemye deàro,
diopetj labe‹n
¥galm'
'Aqhnîn t'
™gkaqidràsai
cqon….
Tous les déplacements
et les actes d’Oreste semblent découler de ses
prophéties. Lors de son intervention à la fin d’Oreste,
Loxias annonce même la lapidation de Néoptolème
qui sera manigancée par le fils d’Agamemnon.
Apollon dirige donc notre personnage pour la plupart de ces actes.
Oreste ayant suivi ses prédictions attend par conséquent
une assistance de sa part mais ce protecteur ne semble pas bien
pressé. Le fils d’Agamemnon se sent ainsi délaissé
dès qu’il a accompli le matricide :
„ë
Fo‹b', ¢nÚmnhsaj
d…kai'
¥fanta,
faner¦ d'
™xšpra-
xaj
¥cea.
Le jeu effectué
sur l’opposition des termes ¥fanta
et faner¦ montre
l’accablement et le manque de repère d’Oreste.
Apollon, pourtant surnommé Phoibos (le brillant), proclame un
droit obscur que les hommes ne comprennent plus. Le même
désarroi se retrouve dans les propos d’Electre quand
elle invoque la venue de la nuit : pÒtnia,
pÒtnia nÚx,
[…] ‡qi.
La jeune fille dont le nom évoque la couleur du soleil
et qui est indirectement une protégée d’Apollon
fait appel à une entité contraire : la nuit,
l’obscurité. Oreste, de dépit, exprime même
sa colère envers Phoibos :
Lox…v
dン mšmfomai,
Óstij
m' ™p£raj
œrgon ¢nosiètaton,
to‹j
mn lÒgoij hÜfrane,
to‹j d'
œrgoisin oÜ.
Il
indique également à Ménélas : mšllei·
tÕ qe‹on d'
™stˆ toioàton
fÚsei.
L’emploi du verbe mšllei
peut ainsi indiquer le temps que prend Apollon à
secourir notre personnage mais il peut aussi s’interpréter
comme une hésitation. Selon Oreste, dans Iphigénie
en Tauride, le dieu a honte de son premier oracle. Il pense
peut-être la même chose dans Oreste et montrerait
ainsi l’inconstance du dieu par l’utilisation de ce verbe
ambigu. Oreste pense-t-il qu’Apollon viendra à son
secours ou doute-t-il de sa protection ? L’allusion à
la nature divine corroborerait davantage l’hypothèse
adoptée par la plupart des traducteurs : Apollon, comme
tous les autres dieux, tarde car il ne subit pas la même
pression temporelle que les hommes. Cela dit, le doute persiste dans
les propos d’Oreste. Ce dernier trouve en effet que les dieux
l’abandonnent à ses souffrances : ¢ll'
oÙ t¦ prÕj
qeîn eÙtuce‹ d…kaioj ên
et il laisse apparaître son désarroi face à
Pylade : s…ga·
t¦ Fo…bou
d' oÙdンn
çfele‹ m' œph.
Pourtant, Apollon ne l’abandonne pas. Même s’il se
montre souvent absent, il intervient en faveur de son protégé.
Les Dioscures annoncent ainsi son soutien : Lox…aj
g¦r a„t…an ™j aØtÕn o‡sei.
Dans Oreste, nous pouvons tout de même noter à
la décharge du dieu qu’il a offert un arc au fils
d’Agamemnon pour se défendre. Ce dernier demande ainsi à
sa sœur :
dÕj tÒxa moi
keroulk£, dîra
Lox…ou,
oŒj
m' ep'
'ApÒllwn
™xamÚnasqai qe£j.
De plus, Apollon
intervient en personne à la fin de la pièce et indique
précisément à Oreste tout ce qu’il devra
faire pour se purifier de son acte. Il l’a certes laissé
en souffrance durant près d’une semaine (l’action
d’Oreste démarre six jours après la mise
en tombeau de Clytemnestre) mais il gratifie finalement l’exécutant
de son oracle.
Il semblerait que sa protection se soit également manifestée
en Tauride. C’est lui qui y a envoyé Oreste accompagné
de Pylade et, lors de leur lapidation, il les a préservés
des jets de pierre. Peut-être est-ce lui qui est intervenu
auprès d’Athéna pour permettre à ses
protégés de quitter le sol taure. Apollon ne se montre
donc pas ingrat envers Oreste et lui permet même dans
Andromaque de se venger de son rival Néoptolème.
Il est vrai que le dieu et notre personnage ont un intérêt
commun à éliminer le fils d’Achille (est-ce
Apollon qui permet à Oreste d’assouvir sa vengeance ou
est-ce l’inverse ?) mais sa participation effective à
l’embuscade (son cri a contraint les Delphiens à ne pas
céder à la fuite) montre qu’il s’investit
auprès de son protégé.
Rapports d’Oreste avec la divination.
En outre, Oreste entretient un rapport ambigu avec la divination :
il proclame ne pas y croire mais il accomplit tout ce que l’oracle
lui prédit. Ainsi, dans Electre, il annonce :
Lox…ou g¦r œmpedoi
crhsmo…, brotîn d mantik¾n ca…rein
™î.
Par cette phrase il ne remet pas en cause l’oracle du
dieu mais son interprétation par un être humain ;
il préserve de cette manière le dieu tout en énonçant
son scepticisme. Il se demande par la suite s’il n’a pas
été trompé par un mauvais génie :
«r'
aÜt'
¢l£stwr eヘp'
¢peikasqeˆj
qeù;.
Il émet des doutes sur un oracle qu’il va
pourtant exécuter. De plus, dans Iphigénie en
Tauride, Euripide nous montre d’emblée une mauvaise
interprétation d’un songe prémonitoire :
après avoir décrit précisément son rêve,
Iphigénie conclut rapidement :
toÜnar d'
ïde sumb£llw
tÒde·
tšqnhk'
'Oršsthj,
oá kathrx£mhn
™gè.
stàloi
g¦r o‡kwn pa‹dšj e„sin ¥rsenej·
qnÇskousi
d' oÞj
¨n cšrnibej b£lws'
™ma….
Une fois que la jeune
fille a informé son frère de son rêve trompeur
(elle ne remet point en cause son interprétation), il lui
dit :
oÙd'
oƒ sofo… ge
da…monej keklhmšnoi
pthnîn
Ñne…rwn e„sˆn ¢yeudšsteroi.
polÝj
taragmÕj œn te to‹j qe…oij œni
k¢n
to‹j brote…oij·.
Ce doute sur la divination et
sur les présages s’explique par son regret d’en
avoir tenu compte à ses propres dépens. Il estime en
effet que Phoibos s’est trompé et lui a menti.
Pourtant les prédictions se vérifient toujours dans
les pièces d’Euripide. Quand Egisthe examine les parties
sacrées du taureau, il remarque que :
kaˆ
lobÕj mンn
oÙ prosÁn
spl£gcnoij,
pÚlai dン
kaˆ docaˆ colÁj
pšlaj
kak¦j
œfainon tù skopoànti prosbol£j.
Ce signe de mauvais
augure est rapidement confirmé par son meurtre. Dans Iphigénie
en Tauride, le rêve de la jeune fille n’était
pas trompeur mais au lieu de l’interpréter comme le
signe de la mort d’Oreste, il fallait y voir l’annonce de
sa venue en Tauride. Dans Oreste, notre personnage reconnaît
ainsi :
ð Lox…a mante‹e,
sîn qespism£twn.
oÙ
yeudÒmantij Ãsq'
¥r',
¢ll'
™t»tumoj.
En outre, les prophéties
annoncées par Apollon à la fin d’Oreste se
réalisent dans les autres pièces d’Euripide. La
mort annoncée de Néoptolème est ainsi relatée
dans Andromaque. Il apparaît donc qu’Euripide nous
montre un personnage qui doute d’oracles qu’il va
pourtant exécuter et qui vont se révéler
véridiques.
Oreste suit l’oracle de Delphes pour venger
Agamemnon et pour accomplir son destin.
Oreste ne se définit comme le serviteur des dieux qu’après
l’assassinat d’Egisthe et de Clytemnestre. Ces derniers
qui correspondent à la vengeance de son père deviennent
un service rendu aux dieux et à la fortune. Cet aspect le
déresponsabilise de son crime car il a suivi l’oracle de
Phoibos malgré le fait qu’il le considérait comme
insensé, il n’a pas l’hybris de se trouver plus
juste que le dieu et exécute ses ordres tout en attendant de
lui le salut.
Ainsi, notre personnage semble connaître son devoir, il marche
vers son destin. Cet aspect est surtout sensible dans Iphigénie
en Tauride. Au début de la pièce, après
l’encouragement de Pylade, Oreste se reprend et annonce :
oÙ g¦r tÕ
toà qeoà g'
a‡tion gen»setai
pese‹n
¥crhston qšsfaton·
tolmhtšon·
mÒcqoj g¦r
oÙdeˆj to‹j nšoij skÁyin fšrei.
L’oracle d’Apollon
qui représente son destin doit être accompli. Oreste le
sait et décide d’assumer son devoir sans se chercher
d’excuse. A ce propos, l’emploi du terme mÒcqoj
en début de vers insiste bien sur les peines endurées
par notre héros et met en valeur sa détermination. Un
peu plus loin, nous remarquons qu’Oreste s’en remet à
son destin quand il dit à Iphigénie : t¾n
tÚchn d' ™©n
creèn.
Il sait que la lamentation ne change rien aux arrêts divins et
que dans tous les cas ce qui doit advenir advient. Une telle
conscience de son destin est également présente dans
Electre. En effet, avant de perpétrer le meurtre de sa
mère, alors qu’il semble encore hésitant, Oreste
emploie le futur à plusieurs reprises. A propos du matricide,
il dit : mhtroktÒnoj
nàn feÚxomai,
tÒq'
¡gnÕj ên.
L’emploi du futur et l’opposition marquée
entre nàn
et tÒte
montrent bien la proche réalisation du matricide ; Oreste
a beau hésiter, il sait qu’il accomplira ce que l’oracle
lui a dicté. De la même manière, il emploie le
futur pour évoquer les conséquences de son acte :
™gë d mhtrÕj–;
tù fÒnou dèsw d…kaj.
Cette conscience du destin qui le pousse est exprimée peu
après et se résume ainsi : e„
qeo‹j doke‹ t£de,
œstw.
L’utilisation de l’impératif d’e„mi
à la troisième personne du singulier laisse
transparaître en un seul terme le poids de la fatalité.
Néanmoins, Oreste demeure un personnage qui se laisse guider
(surtout en ce qui concerne les modalités pratiques) par
d’autres hommes. Dans Electre, Quand le vieux serviteur
lui annonce qu’il doit tuer Egisthe et Clytemnestre, le futur
meurtrier répond : eヘ˜n·
sÝ d¾
toÙnqšnde boÚleuson,
gšron.
Il attend qu’on lui prépare son meurtre en le planifiant
à sa place. Une fois que le vieillard lui a donné de
précieuses indications pour le meurtre d’Egisthe, c’est
Electre qui d’elle-même assure la préparation du
matricide. Elle semble heureuse de dire : ™gë
fÒnon ge mhtrÕj ™xartÚsomai.
La présence du pronom personnel ™gë
en début de vers et celle du futur ™xartÚsomai
en fin de vers sont révélatrices de sa motivation. Elle
qui pare ses ultimes hésitations et l’encourage
constamment dans son acte.
On trouve également ce besoin d’un « guide
pratique » dans Iphigénie en Tauride. Au
début de la pièce, alors qu’il est prêt à
renoncer à exécuter l’oracle, c’est Pylade
qui lui indique la marche à suivre :
Óra dš g'
e‡sw triglÚfwn
Ópoi kenÕn
dšmaj
kaqe‹nai· toÝj
pÒnouj g¦r ¡gaqoˆ
tolmîsi,
deiloˆ d'e„sˆn
oÙdンn
oÙdamoà.
Oreste
utilise l’oracle de Delphes pour se venger personnellement.
Oreste
revient, longtemps après, pour se venger : il compte non
seulement récupérer son dû (Hermione qui lui a
jadis été promise) mais aussi éliminer
Néoptolème qui l’a méprisé. C’est
une vengeance tardive mais très efficace car elle est appuyée
par Apollon, lui aussi outragé par Néoptolème
quand ce dernier est venu lui demander des comptes sur la mort de son
père.
Cette tentative de « récupération »
de ce qui lui était dû n’est pas la première.
Oreste a déjà essayé de convaincre Néoptolème :
™peˆ d' 'Acillšwj
deàr' ™nÒsthsen gÒnoj,
sù mn
sunšgnwn patr…, tÕn d' ™lissÒmhn
g£mouj ¢fe‹naei
soÚj, ™m¦j lšgwn tÚcaj
kaˆ tÕn
parÒnta da…mon', æj f…lwn mn ¨n
g»maim' ¢p'
¢ndrîn, œktoqen d' oÙ ·vd…wj,
feÚgwn ¢p'
o‡kwn §j ™gë feÚgw fug£j.
Cette supplique argumentée n’ayant pas abouti, notre
personnage revient à la charge après avoir élaboré
un plan pour se débarrasser de son rival :
¿n p£roj mn oÙk ™rî,
teloumšnwn d
Delfˆj e‡setai pštra.
Ð mhtrofÒnthj
d', Àn doruxšnwn ™mîn
me…nwsin Órkoi
Puqik¾n ¢n¦ cqÒna,
de…xei game‹n
sfe mhdšn' ïn ™crÁn ™mš.
Sa lutte contre ce qui
lui a été imposé se traduit donc dans cette
pièce par une rancune tenace et une gradation des procédés
employés (Oreste commence par une supplique puis décide
d’attenter à la vie de son ennemi).
Néanmoins dans les luttes menées par Oreste se dégage
un caractère impitoyable. Rien ne pourra fléchir
l’arrêt pris contre Néoptolème. Il annonce
de lui-même :
oÙdš
nin met£stasij
gnèmhj Ñn»sei
qeù didÒnta nàn d…kaj.
Même un sincère
repentir ne pourra influer sur sa décision. Cette
inflexibilité se retrouve dans le comportement des Delphiens
qui refusent toute explication :
bo´ d Delfîn
pa‹daj ƒstorîn t£de·
T…noj m' ›kati
kte…net' eÙsebe‹j ÐdoÝj
¼konta; po…aj
Ôllumai prÕj a„t…aj; –
tîn d' oÙdn
oÙdeˆj mur…wn Ôntwn pšlaj
™fqšgxat',
¢ll' œballon ™k cerîn pštroij.
Ce déni de
réponse ôte à Néoptolème toute
possibilité de se défendre puisqu’il ne sait même
pas de quoi on l’accuse. La machine mise en place par Oreste se
révèle totalement impitoyable car la victime ne peut se
défendre ni par la parole ni par les gestes :
puknÍ dン
nif£di p£ntoqen
spodoÚmenoj
proÜteine teÚch
k¢ful£sset' ™mbol¦j
™ke‹se
k¢ke‹s' ¢sp…d' ™kte…nwn cer….
¢ll' oÙdn
Ãnen·
¢ll¦ pÒll' Ðmoà bšlh,
o„sto…,
mes£gkul' œkluto… t' ¢mfèboloi,
sfagÁj ™cèroun
boupÒroi podîn p£roj.
Cela dit, le plus important complot d’Oreste se rencontre dans
Andromaque. En effet, notre personnage annonce rapidement à
Hermione : ¢ll' œk
t' ™ke…nou diabola‹j te ta‹j ™ma‹j
kakîj Ñle‹tai·.
Une fois cette sentence exécutée, le complot est relaté
par un messager qui insiste sur sa préparation :
'Agamšmnonoj d
pa‹j diaste…cwn pÒlin
™j oâj
˜k£stJ dusmene‹j hÜda lÒgouj·
`Or©te toàton,
Öj diaste…cei qeoà
crusoà gšmonta
gÚala, qhsauroÝj brotîn,
tÕ deÚteron
parÒnt' ™f' oŒsi kaˆ p£roj
deàr' Ãlqe,
Fo…bou naÕn ™kpšrsai qšlwn;
k¢k toàd' ™cèrei
·Òqion
™n pÒlei kakÒn·.
Par de simples propos malveillants, Oreste a ainsi réussi à
s’allier tous les Delphiens pour parvenir à fomenter un
solide complot contre Néoptolème.
Ainsi, dans Andromaque, revient-il par dépit après
avoir fomenté un solide complot
contre son rival :
to…a
g¦r aÙtù mhcan¾ peplegmšnh
brÒcoij ¢kin»toisin
›sthken fÒnou
prÕj
tÁsde ceirÒj·.
Ce
complot, placé sous la bienveillance d’Apollon qui s’est
auparavant senti outragé par Néoptolème, est
bien mené et aboutit à la mort du fils d’Achille :
Ósper aÙtÕn
êlese.
Son matricide engendre donc un nouveau crime qui permettra à
Oreste de reconstituer une famille. Nous pouvons également
remarquer que le matricide et le mariage intrafamilial avec Hermione
empêchent Oreste de privilégier son insertion dans la
cité. De plus, ses actes lui confèrent un statut
religieux particulier. Le personnage d’Oreste se trouve donc en
rupture avec le monde extérieur, que ce soit avec la cité
ou avec le monde des dieux.
Oreste
profite d’une cérémonie divinatoire pour mettre à mort Egisthe.
Cette fermeté de décision apparaît également
dans Electre. Quand Egisthe sacrifie aux nymphes, il voit dans
les parties sacrées de l’animal un mauvais présage.
Loin de prendre en pitié un homme qui découvre sa mort
prochaine, Oreste profite de la situation :
cì mンn
skuqr£zei, despÒthj
d' ¢nistore‹·
T…
crÁm' ¢qume‹j;
–’W
xšn', Ñrrwdî
tina
dÒlon
qura‹on. œsti
d' œcqistoj
brotîn
'Agamšmnonoj
pa‹j polšmiÒj t'
™mo‹j
dÒmoij·.
Il rassure son ennemi
pour mieux pouvoir le surprendre tout en ayant annoncé sa
sentence ¢porr»xw
cšlun.
Cet arrêt se voit rapidement réalisé à
ceci près qu’il attaque Egisthe par derrière et
que par conséquent il ne lui fend pas exactement le sternum…
Enfin, il tue son ennemi d’une manière particulièrement
dévoyée :
spl£gcna
d' A‡gisqoj
labën
½qrei
diairîn. toà
d neÚontoj k£tw
Ônucaj
™p' ¥krouj
st¦j kas…gnhtoj sšqen
™j
sfondÚlouj œpaise,
nwtia‹a dン
œrrhxen
¥rqra·.
Il
profite ainsi de l’inattention d’Egisthe qui examine les
viscères pour l’attaquer de dos, attitude
particulièrement lâche. Le meurtrier d’Agamemnon
paye de cette façon le meurtre dévoyé du roi
d’Argos car il se trouve tué à la manière
d’un lâche fuyard (mort ignoble pour un Grec).
|